Après un passage furtif de 5 jours avec mes parents nous revoilà en Bolivie. Au vu du programme qui nous attend nous comptons rester environ deux mois pour prendre le temps de bien connaître ce pays. Nous quittons Salta en bus pour rejoindre la première ville de notre itinéraire : Potosí.

Cette ville de plus de 100 000 habitants est la seconde ville la plus haute du monde, avec une altitude d’environ 4060m. Potosí a connu des jours glorieux et était considérée, au XVIème siècle, comme l’une des villes les plus importantes au monde. C’est par l’intermédiaire de la colonisation des espagnols et de l’exploitation (pillage) des mines d’argent du Cerro Rico, que nos pays Européens ont connu un boom industriel. Plus de 30 000 tonnes d’argent pure furent extraites des mines, et il se dit qu’il y avait assez d’argent pour créer un pont reliant la Bolivie au continent Européen……

Potosí, ville inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, révèle tout son charme quand nous prenons le temps de se balader dans les petites ruelles. Ici les maisons coloniales, les nombreux balcons en bois, églises et cathédrales témoignent de son riche passé. L’ambiance qui règne est agréable avec ses nombreuses places et le temps est plutôt clément malgré l’altitude.
Malheureusement, on s’aperçoit que la ville n’est pas entretenue, nombreux tags et saletés dans les rues et beaucoup de belles maisons sont en piteuses états. Notre guide du musée de La Casa de la Moneda nous a expliqué que la ville était sur la liste du patrimoine en péril et que leur titre au patrimoine de l’Unesco pourrait être retiré…

Si vous passez par Potosí, allez faire un tour dans le musée de la Casa de la Moneda. Ce magnifique bâtiment était anciennement le lieu de fabrication des pièces en argent pour la monnaie espagnole. On y découvre l’histoire de la ville et surtout les conditions de travail épouvantable que pouvait avoir les « ouvriers » pour ne pas dire esclaves. Certains d’entre eux avait une espérance de vie d’environ 3mois… À part se balader et visiter ce musée nous ne n’avons pas fait grand chose d’autre.

La question que vous vous posez peut être, avons nous visité les mines du Cerro Rico ?

Et bien OUI ! Un long débat agite les blogs et divise les touristes concernant la visite des mines. Nous nous sommes aussi posés la question concernant cette visite. Cette visite est-ce du voyeurisme pur et dur, ou un tourisme de la misère pour observer des gens se tuer au travail ?
Nous avions envie d’avoir notre propre idée sur le sujet. C’est sur qu’il est dur de se réjouir d’aller faire une telle excursion mais il nous semble plus qu’intéressant de pouvoir connaître les conditions dans lesquelles des milliers (5000 en journée et 1000 la nuit) de personnes vivent au XXIème siècle.

Pour éviter les tours « touristiques » car la mine est devenue un vrai business. Nous décidons de nous rendre dans la seule agence tenue par des anciens mineurs. Une partie de la somme payée est reversée à une coopérative pour aider la vie des mineurs. Notre guide a commencé à travailler dans la mine à l’âge de 8 ans. De quoi déjà se poser pas mal de questions.

La première étape de notre visite se fait au marché des mineurs. Il est coutume d’acheter quelques bricoles aux mineurs avant de venir à leur rencontre. Nous achetons des sachets de feuilles de coca et des jus de fruits. Ici on peut acheter cigarettes, alcool à 96 degrés buvable ou même des bâtons de dynamite.
Après ces petites emplettes nous partons nous préparer. Nous sommes équipés de combinaison, de bottes, lampe torche et de casque.

Un petit quart d’heure de route et nous arrivons sur les lieux. Il y a beaucoup de mineurs réunis à l’entrée. La veille de notre visite, le 1er août est la fête de la Pachamama (la mère-terre), une figure religieuse extrêmement importante au yeux des mineurs. Ils ont fêté ça toute la journée en buvant beaucoup et en sacrifiant des lamas comme offrandes.

Nous ne verrons pas beaucoup de mineurs ce matin car le lendemain de fête est difficile. Mais d’un côté on se dit qu’on les embêtera moins.
Le moment arrive, un mineur nous ouvre les portes des mines et un long tunnel s’offre à nous, le tout à plus de 4000m d’altitude.

Très vite, on se rend compte que ça ne va pas être une partie de plaisir. En effet, de la boue se trouve au sol, le plafond est dès le début assez bas et la poussière des minéraux qui est enfermée dans le tunnel nous brûle la gorge et nous pique les yeux. A certain passage, nous devrons même mettre un masque de protection (comme les Chinois) pour respirer le moins possible cette poussière toxique.
C’est alors que le guide nous dit que les mineurs ont une espérance de vie allant de 48 à 58 ans. Cette espérance bien courte est dûe à la poussière qu’ils respirent toute la journée des années durant. Le plus jeune mineur à 11 ans ( la loi dit qu’on à le droit de travailler dans les mines à partir de 18 ans, mais n’ayant aucun contrôle, les Boliviens font bien ce qu’ils veulent).

Nous allons rencontrer quelques mineurs au travail, leur poser quelques questions pour se rendre compte de leur quotidien et leur donner nos fameuses emplettes du marché.
Lambert essayera même de les aider à sortir une brouette remplie de minéraux. A savoir que les mineurs (du moins leur coopérative) doivent sortir 20 tonnes de roches par jour !!! Aujourd’hui le groupe que nous avons croisé était composé de 5 mineurs … Donc 20 tonnes de roches à 5.

Nous emprunterons des galeries où il est interdit de toucher les murs car tous les composants présents sont extrêmement toxiques. Nous nous cognerons la tête plusieurs fois et nous avons emprunté un passage bien étroit car nous avons grimpé sur 3 échelles différentes pour atteindre le niveau supérieur, soit 100 mètres avec aucune sécurité (les échelles étaient là depuis des années mais quand même ça fait flipper !). Nous prendrons le temps de faire quelques offrandes au TIO, la statue flippante, qui dans les mines est une croyance presque religieuse. Nous goûterons l’alcool à 96 degrés soit disant consommable, et le temps de quelques minutes nous éteignions nos lampes pour se rendre compte de l’obscurité et du silence. C’est au bout de 2h que nous apercevons enfin la lumière du jour au bout de ces affreuses galeries.

C’est après ce genre de visite qu’on se rend compte de la chance qu’on a de vivre dans un pays comme la France, où il fait bon être assis sur son fauteuil en face d’un ordinateur et d’une tasse de café. Qui sait peut être que nous mettrons un peu d’alcool à 96 dans nos prochaines tasses.

V&L